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ÉVÉNEMENTS

Cinq siècles de colonisation, 50 ans d'indépendance : São Tomé-et-Príncipe à la Chaire Eduardo Lourenço

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

La Chaire Eduardo Lourenço a accueilli, ce jeudi 26 mars de 10h à 13h (salle T1-3.09, bâtiment multimédia d'Aix-Marseille Université), la sixième séance de son cycle « Ariadne | Cin ». Jean-Pierre Bensaïd, Consul Honoraire de São Tomé-et-Príncipe à Marseille depuis 1994, y a présenté une conférence consacrée à cinq siècles d'histoire coloniale de l'archipel, depuis sa découverte en 1470 jusqu'à son indépendance en 1975, suivie d'une présentation de la Fondation Micondó, qu'il a fondée pour soutenir les communautés les plus fragilisées de l'île.



Un consul au parcours atypique

Agent de voyages marseillais, Jean-Pierre Bensaïd découvre São Tomé-et-Príncipe par hasard lors d'un voyage au Gabon, fasciné par cet archipel volcanique situé à 300 km des côtes, au cœur du golfe de Guinée. Ce coup de cœur le conduit à s'engager durablement en faveur de l'archipel : il est nommé Consul Honoraire à Marseille le 1er août 1994, poste qu'il occupe depuis lors, avec une circonscription couvrant la moitié sud de la France.


De la découverte à l'exploitation coloniale (XVe-XIXe siècle)

Le 21 décembre 1470, les navigateurs portugais João de Santarém et Pêro Escobar atteignent une île volcanique, luxuriante et inhabitée, qu'ils nomment São Tomé en référence à la fête de Saint Thomas. Quelques jours plus tard, une deuxième île est découverte, d'abord appelée Ilha de Santo António, puis rebaptisée Ilha do Príncipe en hommage au prince héritier du Portugal pour encourager le financement des expéditions.


À partir de 1493, le Portugal entreprend de peupler et d'exploiter les îles en envoyant trois groupes : des condamnés chargés de défricher et de développer les premières roças, des esclaves africains pour la culture de la canne à sucre, et des enfants juifs et orphelins destinés à augmenter la population. Le premier cycle agricole, fondé sur la canne à sucre, connaît un grand succès en Europe, avant que la concurrence des Caraïbes, aux terres plus vastes, ne conduise les colons à quitter progressivement l'île.


L'âge d'or du cacao et le travail forcé (XIXe-XXe siècle)

Après l'indépendance du Brésil (1822), des colons de retour introduisent le cacao à São Tomé, d'abord comme plante ornementale, avant qu'il ne devienne la richesse principale de l'archipel. Le café suit le même essor. En 1913, São Tomé était l'un des premiers producteurs mondiaux de cacao, surnommée « l'île chocolat ».


Pour répondre aux besoins en main-d'œuvre, le Portugal met en place le système des contratados : des travailleurs angolais, cap-verdiens et mozambicains recrutés sous contrat de trois ans, renouvelable, travaillant jusqu'à quatorze heures par jour et maintenus en situation d'endettement permanent envers les planteurs. Les Britanniques dénoncent des conditions proches de l'esclavage, forçant le Portugal à abolir officiellement l'esclavage, sans pour autant mettre fin au système.



L'indépendance et ses lendemains (1975)

Le 12 juillet 1975, São Tomé-et-Príncipe accède à l'indépendance sous la conduite du MLSTP (Mouvement de libération de São Tomé-et-Príncipe), mettant fin à plus de cinq siècles de domination portugaise. À la suite du départ précipité des colons, l'archipel, qui comptait alors moins de cent mille habitants, doit rebâtir ses structures économiques et administratives.


La Fondation Micondó : réhabiliter les roças

La seconde partie de la séance a été consacrée à la présentation de la Fondation Micondó, créée en décembre 2019 par Jean-Pierre Bensaïd. Son projet phare est la réhabilitation de la Roça Java, une plantation à l'abandon de 17 hectares, habitée par une communauté d'origine cap-verdienne d'environ 40 à 50 personnes. Les actions menées comprennent l'installation d'eau potable, la construction de latrines et la réhabilitation des logements, mais aussi le développement de l'agriculture biologique - une quinzaine de personnes travaillent à la production de légumes, de cacao, de café et de vanille - ainsi que des formations professionnelles en couture, informatique, langue française et secrétariat.


La Fondation œuvre également à la restauration du patrimoine architectural des roças pour promouvoir le tourisme écologique. La Casa Grande, ancienne résidence du patron de Java, est l'un des bâtiments emblématiques en cours de restauration.

 


Sara Tavares (Étudiante Master 1 LLCER)

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