Le nove-nove santoméen : identité et singularité au cœur du séminaire de João de Pina-Cabral
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La Chaire Eduardo Lourenço a accueilli, ce lundi 9 mars de 15h à 18h (salle D317, bâtiment Egger), la quatrième séance de son cycle Ariadne | Cin avec une conférence de l'anthropologue João de Pina-Cabral consacrée aux modes de singularité personnelle à São Tomé-et-Príncipe, suivie de la projection du documentaire Tchiloli, Máscaras e Mitos. Étudiants et enseignants-chercheurs en LLCER Portugais ont pu explorer la manière dont les Santoméens construisent et expriment leur identité à travers le nove-nove et le théâtre populaire du tchiloli.

João de Pina-Cabral est professeur de recherche émérite à l'Institut des Sciences Sociales de l'Université de Lisbonne et professeur émérite d'anthropologie sociale à l'Université du Kent. Cofondateur et ancien président de l'Association Européenne des Anthropologues Sociaux (EASA) ainsi que de l'Association Portugaise d'Anthropologie, il a mené des travaux ethnographiques de longue durée au Portugal (Alto Minho), à Macao et à Bahia (Brésil). João de Pina-Cabral est l'auteur de Transcolonial (ICS, 2023) et de Metapersons: Transcendence and Life (HAU Books, 2026).
Le nove-nove : construire sa singularité dans une société créole
Sa conférence, intitulée « Être Nove-Nove : les modes de singularité personnelle à São Tomé-et-Príncipe », est partie de la relation entre Nove-Nove et les personnes qui consultent Nijo, un guérisseur de l’archipel. Nove-Nove y apparaît comme une entité présente dans la vie de ces personnes, qui leur parle, les conseille et les critique, ce qui conduit João de Pina-Cabral à interroger son éventuel statut de personne et les conditions de sa singularité personnelle. À partir de cet exemple, le chercheur a réfléchi à la manière dont, à São Tomé-et-Príncipe, la singularisation des personnes se fait toujours en tension avec la pluralité des présences, notamment celle des morts, pensés comme « tout autour de nous et en nous »
Le tchiloli : un théâtre populaire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO
La séance s'est poursuivie avec la projection intégrale du documentaire Tchiloli, Máscaras e Mitos (52 min, 2009), réalisé par Inês Gonçalves et Kiluanje Liberdade, produit par No Land Films. Le tchiloli, mot synonyme de « théâtre » en créole santoméen, est la manifestation culturelle la plus emblématique de São Tomé-et-Príncipe. une forme de théâtre en plein air mêlant jeu dramatique, danse et musique, qui met en scène La Tragédie du Marquis de Mantoue et de l'Empereur Charlemagne, une pièce d'origine médiévale européenne écrite vers 1540 par le dramaturge madérien Baltasar Dias et introduite dans l'archipel au XVIᵉ siècle.
Les représentations, qui peuvent durer de cinq à six heures, se déroulent traditionnellement en saison sèche, lors des fêtes des saints patrons. En décembre 2025, l'UNESCO a inscrit le tchiloli sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, reconnaissant ainsi la richesse de cette tradition théâtrale unique.
Le documentaire retrace cette histoire à travers les témoignages des acteurs, les costumes et les scènes de représentation, montrant comment cette tradition hybride constitue un pilier de l'identité culturelle santoméenne.
Échanges sur l'oralité et la transmission culturelle

Les échanges qui ont suivi ont porté sur le nove-nove comme manifestation de la singularité et de la pluralité identitaires, ainsi que sur la place de l'oralité dans la recherche académique.
Étudiants et enseignants-chercheurs ont interrogé le conférencier sur les mécanismes de transmission culturelle du tchiloli au sein de la société santoméenne.
João de Pina-Cabral a souligné que la tradition orale ne constitue pas seulement un objet d'étude, mais aussi une source méthodologique essentielle pour l'anthropologie, l'histoire et les études culturelles.
Kalla Sow (Étudiante M1-LLCER)
