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ÉVÉNEMENTS

Restitution publique « Ambassadeurs Citoyens »

Dernière mise à jour : 27 mai

Inscrite dans la phase « Ocean (Openness) » du projet FARO, menée à Marseille sous l’égide d’Aix‑Marseille Université, la restitution publique du programme Ambassadeurs Citoyens au Musée d’Histoire de Marseille a rassemblé les voix de Noailles, d’Air Bel, des Bourrély et de Frais Vallon.


Mónica Esteves Reis, lectrice au Département d’Études Portugaises et Brésiliennes (DEPB) et participant au projet FARO, a contribué à relier ces expériences de terrain aux réflexions de la Chaire Eduardo Lourenço, montrant comment le patrimoine devient un lieu de dialogue entre recherche, mémoire et engagement citoyen.

article rédigé par

Mónica Esteves Reis, Lectrice, Master LLCER, DESU-Guide-interprète & guide-conférencier : responsable d'ingénierie en tourisme durable, Département d’Études Portugaises et Brésiliennes (DEPB), amU.


Prosper Wanner, Enseignant, Master Médiation Culturelle des Arts, Coordonnateur du projet Ambassadeurs citoyens, amU.


Valérie Caraguel, Coordinatrice du CIVIS OpenLab, amU.


Ambassadeurs Citoyens : le patrimoine en partage au Musée d'Histoire de Marseille


Le Musée d'Histoire de Marseille a accueilli, ce mercredi 1er avril 2026, la restitution publique du programme Ambassadeurs Citoyens, événement central de la phase marseillaise du projet FARO, une initiative CIVIS Open Lab. Cette phase finale, intitulée « Ocean (Openness) », est portée localement par Aix‑Marseille Université, à travers le CIVIS Open Lab, le Département de Médiation Culturelle, dirigé par Judith Dehail et responsable de l'encadrement des projets étudiants via Prosper Wanner. Étudiants de Master, habitantes des quartiers de Noailles, d'Air Bel, des Bourelly et de Frais Vallon, médiateurs culturels, partenaires institutionnels et associations de terrain y ont partagé les résultats d'une année de travail sur la médiation patrimoniale en contexte urbain.



Le projet FARO : de Bucarest à Marseille, quatre villes, quatre phases


Inscrit dans l'Alliance universitaire européenne CIVIS, le projet FARO a exploré, dans quatre villes, comment la Convention‑cadre du Conseil de l'Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société (Convention de Faro, 2005) peut inspirer des approches inclusives et communautaires du patrimoine urbain :

  • University of Bucharest | Bucarest - Flow (Acknowledgment) : identité historique et minorités dans la fabrique de la ville.

  • Universidad Autónoma de Madrid | Madrid - Aquifer (Documentation) : multilinguisme et discours comme patrimoines.

  • Sapienza Roma | Rome - Ripple (Integration) : muséographie participative et patrimoines difficiles.

  • Aix-Marseille Université | Marseille - Ocean (Openness) : engagement civique, balades urbaines et médiation publique du patrimoine.

À Marseille, cette phase Ocean vise à « faire sortir » le patrimoine de l'université pour le travailler avec les écoles, les associations et les habitants, à travers des balades urbaines, des ateliers et un événement final ouvert au public.

 

Marseille et l'Hôtel du Nord et la Convention de Faro


La restitution s'est ouverte par une présentation de la Coopérative d’habitant·es Hôtel du Nord, qui a raconté sa mission d'ouverture d’un fond coopératif d'archives populaires en 2025 : documents, témoignages et traces de la vie quotidienne et des luttes sociales dans les quartiers marseillais. L'objectif, affirmé avec force, est de rendre visible la coopérative des habitant·es  à la fabrique patrimoniale : « Le patrimoine, c'est le vôtre. » La Ville de Marseille a annoncé La Folle Histoire de Marseille, un festival d'histoire publique prévu en novembre, pensé comme un moment fort de partage avec un public urbain élargi.


Il a été confirmé que le conseil municipal de la Ville de Marseille a officiellement adhéré, en juillet 2025, aux principes de la Convention de Faro, donnant un cadre politique aux initiatives patrimoniales menées avec les communautés patrimoniales.



Quatre projets étudiants, un partenariat avec le DNMADE



Les étudiants du Master M2diation Culturelle des Arts ont présenté leurs projets de l'année, co‑construits avec des habitant·e·s et centres sociaux de différents quartiers marseillais. Ces projets ont bénéficié d'un partenariat avec le DNMADE – Diplôme National des Métiers d'Art et du Design, mentions graphisme et numérique – dont les étudiants ont contribué à la conception des productions graphiques et numériques.


Balade Matrimoniale – Noailles (de)construction proposait un parcours dans le quartier de Noailles autour d'un fil conceptuel : la relation entre patrimoine et matrimoine, entendu comme l'héritage transmis par les femmes à travers la mémoire, les savoirs et le soin. Co‑élaborée au fil de séances bi‑hebdomadaires avec des résidents, des recherches d'archives et des entretiens, la balade traversait cinq sites :


  • La place des Capucins, où une statue de la Paix, dissonante par l'absence de son contexte lié à l'esclavage, ouvre une réflexion sur les mémoires invisibilisées.

  • La Halle Delacroix, ancien espace des poissonnières – un exemple de matrimoine immatériel, présence féminine effacée de l'histoire officielle du lieu.

  • La place du 5 Novembre, site du drame du mal-logement et de l'effondrement de 2018, dont le changement de nom fut quasiment imposé par les actions militantes des habitant·e·s face à l'abandon des services publics.

  • La rue de l'Arc, première rue végétalisée de Marseille, marquée par un tissu associatif fort.

  • Le domaine Ventre, ancienne route du XIXe siècle dédiée au travail du bois, aujourd'hui privatisée, qui pose la question de l'accès à un patrimoine devenu invisible.


Le fil rouge de la balade est emprunté aux Contes de Broca - « L'eau qui rend invisible » -, reliant le visible et l'invisible, l'audible et l'inaudible tout au long du parcours. Les productions incluent des documents d'archives, un livret pédagogique et, en collaboration avec les étudiants du DNMADE, une bande défilée numérique.



Air Porte – Voyages dans les époques d'Air Bel se déroulait dans le quartier d'Air Bel, construit en 1969, aujourd'hui marqué par la dégradation du bâti, l'isolement social et une notoriété liée au trafic de drogue. La porte y servait de fil narratif : seuil, frontière, passage entre époques, espaces et individus. Du fait de la difficulté à rencontrer régulièrement les habitants, le travail a été complété par les archives existantes.


Le parcours s'articulait autour de six sites :

  • Le plateau d'Air Bel, point de départ et espace d'écoute de récits d'enfants et de parole de Rap sur le quartier.

  • Le jardin partagé, où le paradoxe d'un espace « partagé » mais à la porte cadenassée fut mis en scène comme outil de médiation.

  • La Villa Air Bel, bastide où des artistes surréalistes - Max Ernst, André Masson, Wilfredo Lam, Marcel Duchamp, Jacques Hérold, Victor Brauner et André Breton - trouvèrent refuge en 1940 avant d'être exfiltrés vers les États‑Unis.

  • Pont/Porte, un atelier d'écriture autour du seuil et de l'ouverture.

  • La place du Marché, espace peu approprié par les résidents, transformé en lieu de médiation.

  • Le Centre Social, espace final de partage et de réflexion collective.


Les productions comprennent un livret pédagogique, un carnet d'archives et, en partenariat avec les étudiants du DNMADE, une bande défilée – bande dessinée horizontale et numérique – dans laquelle un chat (personnage neutre et non genré) se balade dans le passé (rencontre avec les surréalistes), le présent (avec les habitants) et le futur.


L'équipe a présenté une auto‑évaluation lucide : la nécessité d'anticiper le calendrier du Ramadan, l'importance d'intégrer dès le départ les calendriers communautaires, et la difficulté de coordination avec certaines associations locales qui souhaitaient être davantage consultées sur les décisions touchant leur quartier.


Les Bourrély, quartier voisin de Septèmes-les-Vallons aux portes de Marseille, est passé d'un paysage rural à un ensemble bâti dans les années 1960‑1970, marqué par l'arrivée de populations migrantes et par la précarisation liée au manque d'entretien. La balade des gens heureux s'est appuyée sur une enquête de terrain (entraide informelle, usages des espaces) et sur le fonds d’archives Colette Quarante, constitué par une institutrice Freinet à partir d'albums et journaux scolaires. Le parcours reliait quelques lieux clés:

  • l'église, comme espace de socialisation interreligieuse ;

  • unLe bastide et ses câpriers, rappel de la ruralité ;

  • le terrain de pétanque, où l'urbanisation était racontée par des poèmes d'enfants ;

  • et l'école, évoquée par des photos de fanfare et de majorettes. 

 

La restitution a pris la forme d'une fête de quartier combinant atelier pizzas, fresque collective sur « Les Bourrély idéal », photo, radio et jeux en bois, afin de favoriser les rencontres. Les supports produits incluent une bande défilée Mémoire des Bourrély, conçue comme une quête d'objets dans le quartier et dominée par la couleur orange, ainsi qu'un guide pratique Comment faire l'archive de son quartier.

 

Les Ambassadrices de Frais Vallon : quand le patrimoine change des vies



Le moment le plus marquant de la séance est venu des Ambassadrices de Frais Vallon, un groupe de femmes du quartier qui ont pris la parole publiquement, pour beaucoup pour la première fois, pour raconter leur engagement dans le programme. Elles avaient suivi des ateliers de prise de parole, de recherche en archives, de mémoire de quartier et de récit collectif, mêlant culture, jardinage, cuisine et réflexion partagée.


L'une d'elles a décrit son quartier comme « vivant et cher à son cœur » :

« Ici, différentes ethnies se rencontrent et nous sommes toutes égales. »

Une autre a évoqué sa propre transformation :

« Le problème, c'est que je n'avais pas confiance en moi, mais votre persévérance m'a permis d'être ici, en train de parler. Maintenant je connais plus de gens. Avant, je n'étais pas intéressée. Je vivais dans le quartier et ça me suffisait. Aujourd'hui je ne suis plus seule, je ne suis plus enfermée chez moi, et je veux retrouver cette nouvelle famille que j'ai rencontrée. Notre quartier est le meilleur de Marseille. »

Une troisième a résumé :

« J'ai investi dans ce projet parce qu'il rend quelque chose, quelque chose pour l'avenir. »


Ces paroles montrent que les résultats les plus durables du projet FARO à Marseille ne sont pas seulement des outils ou des parcours, mais des transformations humaines – confiance retrouvée, liens tissés, fierté réaffirmée.


AMU et la formation des médiateurs

Judith Dehail, directrice du Département de Médiation Culturelle des Arts d'AMU, a présenté l’actualisation de la maquette pédagogique, plaçant la coopération, le droit au patrimoine et les partenariats de terrain au cœur de la formation de Master. Elle a confirmé la volonté de poursuivre ces collaborations afin de continuer à faire de Marseille un véritable laboratoire vivant des principes de la Convention de Faro.


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